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dimanche 22 décembre 2013

Descente du Maroni, Acte 1: De Maripasula à Grand Santi

Nouvelle étape Guyanaise de notre road trip en Amérique du Sud, la descente du Fleuve Maroni. Très peu  fréquenté des Guyanais et des touristes, il est pourtant le berceau de plusieurs civilisations.

Le Maroni, refuge salvateur des esclaves

A partir du XVII siècle, la Guyane Hollandaise (le Suriname) fait venir une quantité importante d'esclaves d'Afrique. Suite à ces arrivées massives d'esclaves, nombre d'entre eux ont réussi à prendre la fuite en gagnant les rives de ce fleuve inhospitalier et totalement sauvage. De cette fuite est né le terme de marronage puis le nom du Maroni. Tout au long des 520 km de ce fleuve qui est le plus grand de Guyane et à la fois la frontière naturelle entre la France et le Suriname, on retrouve aujourd'hui des villages et communautés datant de cette époque. En Amont et en Aval du fleuve se trouvent également des populations Amérindiennes protégées de la civilisation.


Moyens de locomotion utilisés pour notre descente du Maroni

Afin d'entamer notre descente du Maroni prévue initialement sur 4 jours, nous avons pris un coucou depuis Cayenne, ce genre de petit avion de tourisme 17 places ou l'on voit le dos du pilote, ou le décollage fait un bruit monstrueux et vos oreilles sont sur le point d'exploser car aucune dé-préssurisation n'existe dans ce type d'appareil. Un grand moment de pilotage, bizarrement personne n'applaudit le pilote à l’atterrissage, j'imagine que les locaux partent du principe que n'étant pas morts ils ne veulent pas provoquer le tout puissant en faisant du bruit. 
coucou cayenne maripasula
Coucou Air Guyane - Cayenne - Maripasula

Une fois atterris à Maripasula, plus grande commune Française (en Superficie oui !) nous avons commencé à nous imprégner du rythme de la vie sur le fleuve. Comme on le savait déjà, la vie est beaucoup plus chère en Guyane qu'en Métropole, pour les habitants du Maroni, le problème ne se pose pas car le Suriname étant juste en face, un commerce parallèle s'est mis en place et de nombreux commerces chinois se sont installés sur l'autre rive. De ce fait un ballet de pirogues impressionnant se déroule tout au long de la journée, il est en effet possible de se rendre gratuitement sur l'autre rive pour faire ses courses à moitié prix. Ils sont forts ces chinois !

pirogue maripasula suriname chinois
Traversée en Pirogue de Maripasula vers le Suriname pour faire les courses

Pour ce qui est du moyen de transport utilisé pour notre descente du fleuve, nous avons goûté aux joies du stop-pirogue arrêtant les pirogues de fret qui naviguent toute la journée sur le fleuve pour ravitailler les villages en essence, nourriture, vêtement ou toutes sortes de marchandises. Il nous a fallu nous adapter aux horaires de passage très aléatoires des piroguiers et il ne nous restait plus qu'a nous laisser conduire.

fret essence maroni guyane
Pirogue de Fret sur le Maroni, Transport d'essence
Si vous vous posez la question: oui le pilote fume au dessus de 2000 litres de gasoil !

La vie au rythme du fleuve Maroni

Pour notre premier soir à Maripasula, nous avons passé la nuit dans un carbet en bord de Maroni, chez Richard Gras un métropolitain installé depuis la nuit des temps en Guyane. Après un arrêt chez madame Dédée pour l'apéritif, nous nous sommes retrouvés chez Sonson ou nous avons mangé un gentil plat Haïtien, poulet, saucisse et salade de choux. Nous avons pu observer une atmosphère très particulière sur le Maroni, un mélange de No man's land, d'Afrique et un refuge pour métropolitains déconnectés de la vie réelle.

Le lendemain matin, nous attaquons la descente du Maroni, pour ce faire nous découvrons la légendaire patiente créole, le piroguier nous donnant tout d'abord une heure précise, (comprendre: 1h plus tard que l'heure initiale) puis il y a la seconde phase de l'attente, celle qui début quand le piroguier vous dit, "on part dans 2 minutes, on attend encore une personne" (comprendre: "si tout va bien on est partis dans une heure").

Descente du Maroni, première expérience en Pirogue de Fret

Après avoir tout de même réussi à embarquer dans une pirogue, nous nous arrêtons 1h plus tard à Papaïchton Pompidou, village rendu célèbre par la rencontre du Maire Tolinga et de Georges Pompidou.

Notre seconde portion de Maroni à été un peu plus mouvementée, après avoir embarqué dans une pirogue transportant de l'essence et du gaz, nous sommes passés par un soleil de plomb, une pluie tropicale traversante et de bonnes vagues en pleine face et le tout pendant 4h30 ! Un vrai bonheur pour les yeux et les fesses (assis sur le fond de la pirogue).


pirogue de fret maroni
Alexandre, figure de proue d'une pirogue pleine de Fioul !

La parka et le bob cochonou, meilleure protection contre les intempéries du Maroni.
Sous la nappe de cuisine devant moi, une Guyannaise s'abrite de la pluie

Après cette journée à braver le fleuve, faisant une entière confiance à un pilote hors norme, nous arrivons à Grand Santi pour passer la soirée. Un gros Tronçon du maroni parcouru, nous avons pu voir les différents villages présents sur les rives, traverser des rapides et se faire entièrement tremper et simultanément attraper de beaux coups de soleil. En bref une première partie du fleuve maroni très sympathique à naviguer sur cette immense étendue d'eau sauvage entourée d'une épaisse fôrêt et bercés par les cris (et chants) des animaux.

la suite de notre descente du Maroni: Le maroni Acte 2, la suite de notre descente du fleuve

Article précédent: Découverte des îles du Salut: 2 jours au bagne

Check-List : Monter à l'arrière d'un pick-up : CHECK

Descente du Maroni, Acte 2 de Grand Santi à Saint Laurent, au rythme du fleuve

Après avoir passé déja 2 nuits et 2 jours sur le Maroni, nous commençons à bien nous adapter au mode de vie des "gens du fleuve". Comme on dit chez nous c'est "petite vitesse et grand doucement", en métropole, on dirait que les gens d'ici passent leurs journées à glander ou à zoner mais au fond pas forcément (enfin pas tous), leur vie est rythmée par les arrivées de pirogues, les arrivages de nourriture et la saison des pluies les freinent également.

Une nuit à Grand Santi, parbo bier et boudin créole

Nous avons donc passé la nuit à Grand Santi, dans le carbet communal, nous avons rencontré 2 chargés de travaux qui assuraient le suivi de la construction du collège et de la déchetterie et qui eux aussi dormaient en carbet puisque pas d'hôtel sur place. Comme repas du soir, nous avons dégusté un plat de poulet avec sa salade de choux et riz ainsi que du boudin créole au poulet (plutôt épicé) accompagnés de quelques litres de Parbo Bier, la bière nationale du Suriname. La nuit s'annonçait paisible jusqu'à ce que je constate que le lieu était infesté de moustiques (plutôt problématique dans une zone à risque de paludisme), ayant oublié ma moustiquaire et n'aimant pas dormir dans mon duvet, j'ai rencontré quelques problèmes.. Notre traitement contre le palu n'étant pas efficace à 100%, je peux m'estimer heureux si je ne le contracte pas. #SaloperieDeBestiole

Au réveil à Grand Santi une 50 aine de piqures de moustiques sur les bras et le visage
On peut constater l'efficacité de ton bracelet anti-moustique Elodie ! "Ah ben oui c'est très efficace"

Le stop pirogue, entre attente et négociations

Suite à cette jolie soirée et cette nuit enchanteresse, dès le lendemain matin nous reprenons le chemin du fleuve et nous nous adonnons à notre nouvelle passion le stop-pirogue en s'attaquant cette fois ci à un tout nouveau type de problème! Après le rythme modéré de la vie sur le fleuve, nous nous attaquons à la lenteur diplomatique des chargements de pirogue..

Je vous raconte...
Cette fois, on s'y prend un peu en avance pour ne pas tomber sur le tout dernier piroguier et s'assurer une journée tranquille, à peine arrivés à l'embarcadère, je repère un piroguier de fret, le sourire aux lèvres je vais vers lui, il m'annonce que l'on part bientôt et qu'il nous fait 50 au lieu de 60. (La technique de fixation est plutôt douteuse d'un point de vue marketing).
Après 30 minutes d'attente je vois un autre piroguier, je vais vers lui, "ton collègue nous propose 50 pour 2 personnes, est-ce que tu nous prend à 40?" "Oh non t'es fou, à 40 je vous prends pas, aurevoir"
(A noter tout de même que ces piroguiers ne se font que du "bonus" en prenant des passagers..)
Nous reprenons donc notre attente auprès du premier pilote, après 1h30 d'attente il nous dit "on part dans 2 minutes (là c'est inquiétant en général) .
Après 2h d'attente il nous dit de monter, tout sourires nous embarquons dans cette pirogue plutôt vide hormis 20 caisses de bières consignées. La crainte était fondée, quelques mètres plus loin la pirogue s'arrête pour entamer son chargement..et pas des moindres, une cuve de 3000 litres. Attente totale 4 heures 30.

chargement pirogue fret maroni
Chargement improbable de notre pirogue de Fret, 4h au rythme du fleuve
Le support de cuve n'étant pas encore chargé

Une rencontre inattendue au carbet municipal d'Apatou

La énième surprise que nous a réservé notre rodrigo national, à priori il ne connaissait pas le fleuve.. il était aux commandes mais c'est un jeune de 17 ans qui le guidait et complétait les manœuvres difficiles! Autant vous dire qu'il nous a gentiment offert quelques frayeurs. 
Après 4h de pirogue nous arrivons à destination, d'ailleurs un peu tard donc nous n'avons pas pu profiter du village.C'est en arrivant au carbet municipal que nous avons la surprise de découvrir que des jeunes étaient installés avec leurs hamacs, une classe du lycée technique MATITI spécialisée en aménagement du territoire en virée avec leurs professeurs. 

carbet municipal apatou
Un carbet bien plein dans lequel nous avons trouvé une place de choix: au milieu des ronfleurs

Les préjugés de tout humain normalement constitués; lycéens = bordel = mauvaise nuit, n'étaient pas du tout fondés, nous avons sympathisé le soir avec les professeurs qui nous ont donné de bons conseils pour les jours à venir et nous ont même proposé de nous emmener jusqu'à notre prochaine destination, nous trouvant même une adresse de choix pour la nuit suivante.
Après une très bonne nuit, malgré les ronflements de l'un de ces professeurs (l'histoire ne dit pas lequel..) nous sommes donc partis tôt le lendemain matin avec eux en voiture avec chauffeur s'il vous plaît et Arnaud le professeur en aménagement nous a donné tout un tas de conseils pour notre road trip en Amérique du sud.

lycée technique macouria
Lycée Technique MATITI à Macouria, merci du coup de pouce

Juste avant de partir d'Apatou, nous avons assisté au débarquement des élèves qui arrivent par pirogue pour aller à l'école, un ballet impressionnant les gilets de sauvetage orange, les bateaux bleus et noirs et le fleuve en toile de fond. Nous avons des bus, ils ont des pirogues ! NORMAL

écolier pirogue maroni
écolier arrivant en pirogue sur le Maroni - Guyane


Suite à cette nuit en carbet à Apatou, nos nouveaux collègues Arnaud (Arno pour les mails) et Gilles nous ont déposé à 5 km de Saint Laurent (embouchure du Maroni) au village amérindien de Terre Rouge ou nous avons dormi dans un carbet fort sympathique entourés de Gekos et de Chauve souris!

Retrouvez le début de notre descente du Maroni de Maripasula à Grand Santi

La suite du programme, balade à Saint Laurent du Maroni, marché et vestiges du bagne.

Check-List: Voyager dans une pirogue remplie d'essence et de bouteilles de Gaz: CHECK